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italie

Le pays a réussi l'exploit incroyable de n'exporter que son bas de gamme, et Dieu sait qu'il en existe de Milan à Naples, en omettant tout simplement de faire accéder les vrais amateurs à ses plus grands crus. Imaginez que les vins de France soient connus dans le monde entier pour leurs petits vins, et que ceux des appellations Meursault ou Pomerol soient totalement passés inaperçus... Voilà bien le problème italien, et il n'est pas mince, d'autant plus que des producteurs n'hésitent pas à planter Merlot, Cabernets et Chardonnay pour se donner bon genre. Quelle bêtise quand on a la chance d'avoir des Nebbiolo, Sangiovese, Moscatel ou Trebbiano.

La classification italienne
- Denominazione Di Origine Controllata e Garantita (DOCG) : Elle ne concerne que les plus grands vins italiens : Barolo et Barbaresco dans le Piémont, Brunello di Montalcino, Chianti et Vino Nobile di Montepulciano en Toscane, et Albana Di Romagna en Émilie-Romagne.

Les bouteilles portent un sceau spécial décerné par le gouvernement.

- Denominazione Di Origine Controllata (DOC) : l'équivalent de notre Appellation d'Origine Contrôlée; un label vient certifier l'encépagement, les rendements et l'origine du vin.

- Vino Tipico : un vin dont l'origine est démontrée; l'équivalent de nos vins Délimités de Qualité Supérieure (VDQS).

- Vino da Tavola con Indicazione Geographica: un vin de table dont l'origine est connue.

- Vino de Tavola (VT) : ne subissant aucun contrôle, c'est l'appellation des vins de bas de gamme, mais c'est aussi une dénomination que certains producteurs préfèrent utiliser, et qui peut être celle d'excellents vins (voir texte).

Le vignoble italien
L'Italie se divise aisément en quatre grandes régions vinicoles :

- Le Nord-Est du pays, ce sont les vins du Trentin-Haut-Adige, de type allemand (ou autrichien), le domaine du Valpolicella et du Soave en Vénétie, puis les vins des Grave et Colli du Frioul et de la Vénétie Julienne.

- Le Nord-Ouest, d'une topographie très contrastée, regroupe le Val d'Aoste avec ses pistes de ski, la (très) grande région viticole du Piémont, les Apennins de Ligurie au-dessous, qui borde la Méditerranée, la Lombardie, puis l'Émilie-Romagne et son Lambrusco, qui empiète sur le nord et le centre du pays et annonce la Toscane.

- Le Centre, qui commence par la beauté de la Toscane et son fameux Chianti omniprésent, se poursuit vers Rome et le Latium, sur la mer Tyrrhénienne, traverse le pays par la région de l'Ombrie, atteint la mer Adriatique par les Abruzzes, puis les Marches pour ses vins méconnus de Rosso Piceno, avant d'arriver au secteur de Molise.

- Le Sud, c'est aussi un autre pays, avec d'autres vins et des régions authentiques, la Campanie sur la côte ouest, les Pouilles sur la côte orientale, la Basilicate au centre des deux, puis la Calabre, splendide comme la Sardaigne et la Sicile où l'on savoure le Marsala.

L'Italie du Nord-Est

- Le Trentin et le Haut-Adige
Douze DOC dans cette belle région chérie des skieurs qui pratiquait la viticulture bien avant que les Romains ne l'encouragent. Ce sont les couvents et les évêchés qui firent de cette région leur source d'approvisionnement en vin, au temps de Charlemagne.

- Alto Adige
Les rouges ne sont guère passionnants, malgré leurs noms flambeurs de Cabernet-Sauvignon, de Merlot ou de Pinot Noir (Blauburgunder), ce dernier étant nettement supérieur en rosé (un comble).

Pour l'anecdote, le Moscato rosa (Rosenmuskateller) et ses vins chauds et parfumés, demi-doux à moelleux, avec une forte acidité naturelle et une saveur prononcée de Muscat, bien agréable à constater.

En blancs, aux côtés du bon Terlano (DOC), vous trouverez l'éternel Chardonnay (merci de ne pas le comparer avec celui de Bourgogne), meilleur quand il est frizzante, presque spumante. Le Pinot Blanc (Weissburgunder) est le plus répandu des cépages blancs, et c'est certainement lui qui donne les plus jolis vins de la région. Le seul Riesling digne de ce nom est celui du Rhin (renano), qui devient parfois remarquable dans les grands millésimes. Je ne m'étends pas sur les qualités très moyennes du Müller-Thurgau, du Sauvignon ou du Sylvaner, et préfère vous faire découvrir un vin plus racé comme le Moscato Gialo qui donne de délicieux vins de dessert.

- Teroldego Rotaliano
Bon vin rouge provenant de la maison Zeni, issu du cépage Teroldego. Le vin est coloré, bouqueté, légèrement corsé, de bonne bouche.

- Sant Maddalena
Issu du cépage Schiva, un vin rouge franc, fruité et rond, sans prétention, à boire frais en regardant les collines qui vous feront penser au Tyrol voisin.

La Vénétie
Cinq appellations, d'ouest en est, sortent du lot.

- Bardolino
De bons vins rouges légers (et rosés comme le Chiaretto).

- Valpolicella
C'est le vin de prédilection des alentours de Vérone, issu des cépages Rondinella, Corvana et Molinara, que l'on ne se gêne pas pour rendre très productif.

- Bianco di Custoza
Un bon blanc produit au sud de Vérone.

- Soave
Il y a de tout dans cette appellation, des plus simples des blancs, vraiment insignifiants, à des crus plus denses, parfumés, aux notes d'amande et de fleurs, onctueux en bouche comme le Recioto di Soave, de bonne évolution. Un bon Soave est parfait sur des pâtes à la Vongole, à Venise.

- Bregance
Un bon Bregance blanc (le Prazti di Canzio) est très agréable à découvrir sur un poisson de lac. Le rouge peut être excellent, puissant et corsé, aux tanins fermes.

Le Frioul et la Vénétie Julienne
S'étendant à l'extrême est du nord de l'Italie, de la frontière autrichienne jusqu'à Trieste, la région produit beaucoup de vins, dont plus d'un tiers bénéficient de la DOC, et sont souvent issus de vinifications plus modernes que typiques des cépages que l'on croit à tort et à travers “améliorateurs” comme le Chardonnay ou le Merlot.

- Grave del Friuli
- Colli Orientali del Friuli. Aux côtés du Pinot Grigio et du Tocai, qui font d'excellents vins dans ce secteur, deux cépages blancs valent le détour : le Verduzzo, vinifié surtout en demi-sec, ample et bouqueté, vraiment très réussi, et le Picolit (voir ce mot).
- Carso. A Trieste, il faut goûter le Terrano del Carso.

L'Italie du Nord-Ouest

Le Val d'Aoste
Une seule appellation, le Val d'Aoste (DOC), qui comprend une douzaine de sous-appellations permettant de mieux distinguer les types de vins.

- Donnaz
Marqués par le Nebbiolo, de très bons vins rouges, associant structure et rondeur.

- Malvoisie de Nus
Un vin de dessert tout en arômes, suave et liquoreux en bouche, très alcoolisé, assez réussi, et difficile à se procurer tant sa production est confidentielle.

Le Piémont
Le Piémont est un pays de contrastes, un contraste que l'on retrouve dans les vins, avec leurs deux extrêmes les plus célèbres : le Barolo, massif, concentré, noir et tannique, de grande évolution, et l'Asti, léger, perlant et fruité. Je n'oublie pas les DOC rouges de Grigolino d'Asti (bien fruité) ou de Ghemme (plus corsé), d'excellents VT qui pourraient surprendre dans une dégustation “à l'aveugle” comme ceux de Bricco Manzoni ou de Caramino, et des vins d'assemblages, dont certains sont très réussis, issus des Bonarda, Croatina, Grignolino ou Vespolina. Du nord au sud du Piémont, voici donc les grands vins rouges que vous allez pouvoir apprécier comme ils le méritent.

- Gattinara
Excellent vignoble produisant des rouges fermes et parfumés. Ce petit vignoble italien borde le Sésia, à l'est de Biella, dans le nord du Piémont. Les collines morainiques de Gattinara, dont le climat est plus tempéré que celui de la plaine, ont été formées il y a plus de 150 millions d'années, lors de l'imposante glaciation des Alpes. La terre rougeâtre, graveleuse donne beaucoup de finesse aux fruits et permet une maturation précoce. Le symbole de Gattinara est depuis l'an 1000 la tour en pierre appelée “la Castelle”, construite sur les collines par le roi Arduino. Le cépage principal de l'appellation est l'excellent Nebbiolo (ou Spanna), auquel s'ajoutent le Bonarda ou le Vespolina (10% maximum). De couleur intense, avec des notes de violette et d'épices, les meilleurs sont gras, bien tanniques, de belle garde.

- Barbera d'Alba, Barbera d'Asti et Barbera du Monferrato.
Produits près d'Alba, en Italie, les vins sont puissants, colorés, riches et savoureux en bouche, d'excellente évolution. Celui d'Alba est le meilleur des Barbera, à la fois gras et corsé, de bonne garde. Son aire d'appellation (avec celui d'Asti) est limitée à deux provinces de la région du Piémont et les meilleus crus proviennent des vignobles de collines, qui donnent son origine à ce vin ayant des caractéristiques d'unicité et de tipicité remarquables. Le Barbera d'Asti est plus souple, de couleur rubis intense, parfois légèrement grenat, son goût est sec et rond à la fois.

- Nebbiolo d'Alba
Ces vins sont des purs Nebbiolo, et proviennent d'une aire située entre celles du Barolo et du Barbaresco. Cela donne des vins qui sentent les fruits mûrs, amples et riches, onctueux et persistants en bouche, remarquables sur des pâtes à la crème.

- Barbaresco
Comme ceux de Barolo, les vins sont issus du Nebbiolo, extrêmement typés, et trop méconnus.

- Barolo
Ici, vous êtes au sommet des plus grands vins rouges italiens (avec ceux de Toscane), et comptent parmi les plus grands vins rouges du monde.?Ils peuvent s'enorgueillir d'être des vins de grande race, intensément marqués et typés par leur cépage Nebbiolo local, et dans ce sens, totalement incomparables. Voir ce mot.

- Dolcetto di Diano d'Alba
Il se partage, avec le Dolcetto di Ovada, la gloire d'être l'un des vins les plus séduisants qui soient, étonnament moelleux, finement parfumé, rond et ferme à la fois, tout en finesse aromatique, de bonne évolution.

La Ligurie

- Rossesse di Dolceaqua
Les vignobles se trouvent entre San Remo et Gênes. Dolceaqua est un joli rouge finement bouqueté auquel je suis fidèle depuis longtemps, gras et corsé à la fois, très fruité.

- Cinque terre
De bons blancs.


La Lombardie
Industrielle et puissante avec Milan, la Lombardie s'étend à l'est du Piémont, des plaines de la vallée du Pô jusqu'aux sommets enneigés des Alpes. Ici, l'on trouve la majorité des vins blancs qui constituent la base des meilleurs mousseux comme le Lambrusco Mantovano, l'Oltrepo Pavese Pinot spumante ou le Franciacorta. Enfin, le cépage Trebbiano fait le blanc de Lugana, sur le lac de garde, non loin des vignobles de Franciacorta, pour les mousseux.

- Valtellina Superiore
La meilleure DOC de Lombardie (Italie) regroupe quatre sous-appellations : Sassela, Valgella, Grumello et Inferno, et tous les vins sont rouges, issus du Nebbiolo.

- Oltrepo Pavese
On trouve de tout dans cette appellation, des étiquettes aux noms folkloriques, où la qualité n'est pas réellement le seul critère recherché. Les meilleurs rouges sont issus des cépages Barbera et Bonarda, assez complémentaires.

L'Émilie-Romagne
Producteur du fameux Lambrusco, l'Émilie-Romagne ne fait pas dans la dentelle : des vignobles, des vignobles et des vignobles, pratiquement tous en plaine, dont on tire abondamment de vins courants, que je n'ai pas voulu retenir. Dans un tout autre style, la région produit plusieurs crus intéressants, comme ce joli blanc Albana Di Romagna et le rouge Sangiovese di Romagna. Les nouveaux vins issus des cépages de Cabernet, de Merlot ou de Chardonnay sont sans vice, ni vertu, comme d'habitude.

L'Italie centrale

La Toscane
Avec le Piémont, mais dans un autre registre, la Toscane fait partie de cet art de vivre italien inimitable, où les sciences côtoient les marchands, les peintres, les architectes, les divas s'associent aux vignerons, les palais s'allient aux collines verdoyantes, les levers de soleil à la vie nocturne de Florence, tout cela dans une atmosphère unique que les plus grands réalisateurs ont su parfaitement transcrire au cinéma. Pourtant, ici, de Pise à l'île d'Elbe, de Sienne à Florence, la réalité correspond bien à l'imaginaire. Firenze est d'ailleurs l'archétype de la culture italienne, et l'on tombe vite sous son charme.

Vous comprendrez qu'une nouvelle fois je ne m'attarde pas sur les vins de purs Cabernet-Sauvignon (Sassicaia ou Sanmarco), ou de Chardonnay. Bien qu'il n'existe pas de Chianti Blanc, on goûte de jolis vins tels que le Vernaccia di San Gimignano, le Montecarlo, plus gras, l'Elba, le Galestro, le Bianco della Lega ou ce Vino Santo, un demi-doux alcoolisé mais charmeur comme le Moscadello di Montalcino qui fleure bon son Muscat. Les cépages les plus utilisés sont le Malvasia, le Trebbiano et le Vernaccia.

Trois vins rouges, assez proches qualitativement, font la renommée de la Toscane, trois appellations qui bénéficient de la DOCG, c'est-à-dire de la Denominazione Controllata e Garantita, le grade le plus élevé dans la législation vinicole italienne, où l'on trouve des vins splendides, si l'on sait respecter les millésimes, leur évolution, et frapper à la bonne porte.

- Chianti
L'appellation Chianti étend ses meilleurs vignobles autour de Florence, au nord vers Pistoia et Rufina, au sud, vers San Gimignano et Montevarchi. Au Moyen Age, Chianti était une petite région sans cesse en proie aux guerres et aux échauffourées entre Florence et Sienne. Le Chianti fut, dès le XVIIIe siècle, exporté dans les fameuses fiasques paillées.

Le secteur regroupe plusieurs départements et sous-régions, dont les meilleurs sont ceux de Classico, Carmignano, Colli Fiorentini et Rufina. Si vous préférez comme moi un Chianti digne de ce nom, optez soit pour ceux qui proviennent de ces zones, soit pour le Chianti Riserva, l'exception confirmant la règle. La simple DOC Chianti regroupant surtout des vins plus légers, plus simples, à boire jeunes et frais, assez bien faits néanmoins.

- Brunello di Montalcino
Le secteur d'appellation se trouve au-dessous de Sienne, et il faut vouloir aller à Montalcino, tant la route n'est pas évidente. Bien sûr, on oublie vite les virages avec ce vin superbe, un ton au-dessus que le Chianti Riserva (mais pas toujours). La DOC Rosso di Montalcino concerne les vins plus jeunes (ou provenant de vignes plus jeunes), plus souples, très différents, que je n'ai jamais considérés comme d'excellents vins.

- Vino Nobile di Montepulciano
Une étape indispensable en Italie. En repartant vers Quirico d'Orcia et Chianciano, vous arriverez comme moi dans l'adorable village de Montepulciano, auquel on accède par une petite route sinueuse. Le Sangiovese s'exprime encore parfaitement ici, dans ce beau rouge intense et généreux en bouche, souvent très puissant, tannique, qu'il faut également laisser évoluer longtemps pour profiter de ses qualités réelles. Le Montepulciano est un vin de connaisseur patient...

Le Latium

- Frascati
Quatre lieux de production pour ce vin plus connu que réputé : Frascati, Rome Montecompatri, Monteporzio Catone et Grottaferrata. Les meilleurs se dégustent uniquement très jeunes, au printemps qui suit la récolte, sur place, avec des fruits de mer (la Tyrrhénienne est à dix minutes de voiture, en roulant à l'italienne) ou à l'apéritif.

- Marino
Pour l'anecdote, un blanc correct (Malvasia, Trebbiano de la Toscane, Bonvino et Cacchione) de robe jaune paille, dont les meilleurs sont vineux, riches.?Je vous les conseille plutôt en demi-secs, plus souples en bouche.

- Cerveteri
J'aime bien les rouges issus des Sangiovese, Montepulciano, Cannaiolo noir, Carignano et Barbera, des vins vigoureux et colorés, lents à se faire.

- Velletri
Des blancs (cépages Malvasia et Trebbiano majoritaires) et rouges (cépages Sangiovese, Montepulciano, Merlot et Bombino noir), provenant de Vellitri, Lariano et Cisterna. Les blancs sont typés, secs et vineux,fruités, mais je préfère les rouges, de belle couleur rubis plus ou moins foncé, toujours secs, savoureux, souples et charnus à la fois,veloutés en bouche au bout de quelques années.

- Est!! Est!! Est!! di Montefiascone
Vin blanc italien produit dans la région du Latium. Avec un nom pareil, on ne risque pas d'oublier ce blanc sec ou demi-doux, fait de Trebbiano et Malvasia. On raconte qu'au XIIe siècle un évêque allemand du nom de Johann Fugger aurait reçu l'ordre d'aller à Rome pour le couronnement d'Henri V. Afin d'être sûr de boire de bons vins au cours de son voyage, il envoya son domestique visiter les auberges le long de la route en lui demandant de marquer celles qui servaient le meilleur vin du mot “Est”, pour “Vinum est bonum”. Arrivé à Montefiascone, celui-ci trouva le vin local tellement bon qu'il nota “Est! Est !! Est !!!”. Dans les faits, c'est vrai que le vin est très amusant, agréable, assez savoureux et persistant en bouche.

L'Ombrie
La région comporte quatre DOC importantes.

- Orvieto
L'Orvieto est la référence de la région. De très bons vins blancs de renommée ancienne, déroutants au départ, secco ou abbocatto (demi-doux), très aromatiques, avec des nuances caractéristiques de miel frais, dont certains, issus de raisins botrytisés dans les grands millésimes, atteignent les sommets. Il faut les déguster sur des œufs.

- Colli Perugini
Dans un tout autre style, un blanc beaucoup plus nerveux, bien typé par le Trebbiano. La DOC englobe aussi un bon rouge (Sangiovese), à la fois ferme et souple en bouche.

- Torgiano
Certains Riserva rouges (ceux de Lungarotti) deviennent étonnants de structure et de gras.

- Sagrantino di Montefalco
Très bon vin doux. Bien que je ne sois pas un adepte de ces cépages ici, le Chardonnay di Miradueldo (VT) est correct, comme le Blanc Soleone, légèrement ambré.

Les Marches
Les Marches font suite à l'Émilie-Romagne, le long de la côte est, et sont encadrées par une petite partie de la Toscane, au nord-ouest, par toute la région de l'Ombrie, à l'ouest, puis par les Abruzzes, au sud d'Ascoli Piceno. La région a replanté la majorité de son vignoble et la fameuse culture en contre-espalier, à 3 ou 4 rangées de supports, a remplacé l'ancestrale culture en forme d'arbre.

Moins de manutention, des travaux mécaniques facilités, d'excellents cépages comme les Sangiovese et Montepulciano pour les rouges, et les Malvasia et Trebbiano (remarquable ici) pour les blancs, auxquels s'associent les Bianchello et le Verdicchio, tout cela porte ses fruits aujourd'hui, quand on débouche les meilleures bouteilles du pays, qui proviennent essentiellement des cinq appellations suivantes.

- Rosso Piceno
Franchement, les cépages Sangiovese et Montepulciano donnent ici des vins exceptionnels, onctueux, gras et suaves, le type même de ce que doit être un vrai vin italien, tout en douceur et en nuances aromatiques, de bonne évolution. Je vous assure que sur des pâtes en sauce bien cuisinées comme des chioccioloni à la crème ou des raviolis à la Ricotta, vous vous en souviendrez. C'est superbe.

- Rosso Conero
D'autres excellents vins, plus corsés, plus alcoolisés, tout en bouche comme ceux de la famille Garofoli, près d'Ancône. A leur suite, la DOC Sangiovese dei Colli Pesaresi.

En blancs, secs ou mousseux, les vinsVerdicchio dei Castelli di Jesi et Verdicchio di Matelica sont bien faits, très parfumés comme ceux d'Attilio Fabrini, bien secs, bien marqués par leur cépage Trebbiano souvent majoritaire, d'une jolie vivacité en bouche. Goûtez-les avec des pâtes fraîches au saumon fumé.


Les Abruzzes
Deux DOC.

- Montepulciano d'Abruzzo
D'excellents vins rouges, gras et typés.

- Trebbiano d'Abbruzzo
Voir ce mot. A noter le vin de table rouge Rubino qui sait réserver de bonnes surprises, dans les millésimes favorables.

Le Molise
Deux DOC, de création récente, viennent récompenser les efforts accomplis par les vignerons et les coopératives : Biferno di Campobasso et Pentro Di Isernia, auxquelles s'ajoutent plusieurs bons vins de table (VT), dont il faut surtout retenir les Ramitello (le meilleur) et Bianco del Molise en blancs, issus de vignes cultivées sur des sites assez élevés, et le Montepulciano del Molise en rouge, assez classique, corsé et rond en bouche, bien fait.

L'Italie du Sud

Dès Naples, les amateurs de vins rustiques, fiers et authentiques, ne seront pas déçus, même si la production actuelle s'évapore vers de nombreux vins plus modernes et, à mon avis, beaucoup moins passionnants. Les deux grandes et belles îles, la Sardaigne et la Sicile (le fameux Marsala), font en effet des vins intenses issus des Moscatel et Malvasia, sans réelle équivalence ailleurs, la Campanie vous surprendra avec son Lacryma Christi del Vesuvio, l'austère et splendide Calabre avec son incroyable Greco di Bianco, la Basilicate avec son Aglianico, ou les Pouilles avec le Castel del Monte.

Tous demandent la culture de la patience, et surtout cet état d'esprit sans lequel on ne peut les estimer à leur juste valeur : les goûter pour ce qu'ils sont, sans faire la moindre comparaison, même si c'est tentant. Après tout, demandons-nous à un vin jaune du Jura de ressembler à un autre vin?

La Campanie
Seules cinq DOC méritent d'être retenues : pour le rouge, celles de Taurasi et celle de Ravello; pour son blanc, celle de Fiona di Avellino, déroutante par son amertume en bouche, celle de Lacrima Christi del Vesuvio, produit sur les pentes du volcan, nettement plus savoureuse, puis celle de Greco di Tufo, souvent plus décevante.

Bons rouges de Capri, souples et colorés, qui se boivent très bien dans les bons restaurants de Capri, comme La Cappanina, où l'on sait accorder les vins et les mets. Goûtez aussi l'Asprino.

Les Pouilles
Pendant presque deux siècles, vouées à produire des vins de coupage à haut degré d'alcool, les Pouilles, au fil des dernières années, ont progressivement changé de politique, au risque de dépersonnaliser les vins durs et rustiques dont le pays regorge, en implantant des Sauvignon et autre Chardonnay. Aujourd'hui les Pouilles produisent la plus grande quantité de vin d'Italie, et 24 vins ont obtenu la DOC, représentant une production de 200 000 hl.

A l'exception du Moscato di Trani, un joli blanc onctueux et parfumé, ce sont surtout les rouges, issus principalement du cépage Negro Amaro, qui méritent d'être mieux connus, dont les meilleurs (ils sont rares) proviennent des DOC Rosso di Cerignola, Leverano, Squinzano (plus rustique), et de l'excellent Castel del Monte (Montepulciano), intense, gras et corsé à la fois, d'excellente garde.

La Basilicate
Quelques excellents rouges. Les meilleurs vins blancs, toujours produits dans la zone de Vulture, comptent un vin de dessert doux mousseux tout à fait caractéristique : le Muscat de Vulture, que j'ai eu du mal à apprécier. La production moyenne provient pour plus de 50% des coopératives vinicoles.

La Calabre
De vins rouges et rosés, des vins chauds à teneur en alcool élevée, dont les principales DOC sont Ciro, très réussi en rouge, Melissa, Donnici, Savuto, et Lamezia, avec des vins un peu plus faciles à mon goût. Parmi les vins de table, des vins de dessert également, et quelques vins rouges étonnants qui mériteraient mieux que leur appellation.

La Sardaigne
Cette île montagneuse située au large de toute la Méditerranée est habitée depuis les temps préhistoriques et la vigne a toujours fait partie du paysage. L'île produit environ deux millions d'hectolitres de vin par an, et possède 18 appellations contrôlées. Certains vins sont doux, exceptionnellement forts et d'un goût qui provient, à l'évidence, du sol granitique. Le climat chaud permet tout naturellement aux vignes de donner des moûts riches en sucre, et des vins de dessert qui sont prédisposés à devenir liquoreux ou vinés (faites-vous plaisir avec un Moscato di Cagliari ou un Malvasia).

Des raisins récoltés de bonne heure afin d'en préserver l'acidité, le contrôle de la température de fermentation et une mise en bouteilles précoce sont les principaux signes d'une vinification plus moderne, très récente, qui peut donner des vins plaisants comme le blanc issu du Torrelata, léger et franc, quoique un peu neutre par rapport aux autres appellations traditionnelles de l'île, du nord au sud, qui méritent d'être retenues.

- Malvasia Di Bosa
Issu des raisins Malvasia et Seberu cultivés autour de Bosa, sur la côte ouest (visitez les criques), ce vin blanc puissant (15 à 17,5°) est très corsé, avec ce goût caractéristique de noisette. Le meilleur liquoroso est doux.

- Oliena
Fait avec des raisins Cannonau et Monica, dans la région de Nuoro, ce vin plutôt sec a une jolie couleur grenat.

- Vernaccia di Oristano
Un vin sec, relativement proche d'un Xérès, issu de raisins cultivés autour d'Oristano, dans la vallée du Tirso qui coule du centre de l'île en direction de l'ouest et débouche dans la Méditerranée au fond du golfe d'Oristano, là où l'île est la plus large. Viné, le Vernaccia me semble meilleur en doux.

- Nuragus di Cagliari
Excellent vin de table blanc. Toujours autour de Cagliari, le Giro di Cagliari rouge (cépage Giro) se goûte facilement, comme l'excellent Monica di Cagliari, de couleur plus intense, bien corsé (17°). En vin de dessert, goûtez le Moscato di Cagliari, un étonnant rouge parfumé et doux.

- Cannonau di Sardegna
Assez bon rouge sec (ou demi sec). Lorsqu'il est viné, le Cannonau, qui rappelle le Porto, peut donner un bon vin de liqueur, le Cannonau liquoroso Dolce Naturale.

Enfin, le Trobato di Alghero, le bon vin de table de l'île, un blanc frais, vif et sec, très marqué par son cépage, et, dans un tout autre style, le Nasco, un blanc d'une couleur dorée, qui sent la fleur d'oranger, ou le Moscato di Sorso-Sennori, tout en bouche.

La Sicile
La force de la Sicile a toujours été intimement liée à celle de ses habitants même si l'influence de chaque peuple a su marquer une empreinte particulière, des Grecs aux Arabes.

Déjà au VIIIe siècle avant J.-C., la production, la consommation et le commerce du vin rapprochaient la civilisation punique installée en Sicile occidentale et la civilisation grecque installée en Sicile orientale. Les amphores à vin puniques et monnaies grecques sur lesquelles sont gravées des grappes de raisin en témoignent. Un cépage de qualité, présent encore aujourd'hui dans l'île, le Grecanico, fut introduit par les colons grecs. Les vins de l'Etna, célébrés par Homère, Tucidide, Virgile et Tacite, étaient déjà considérés comme le “nec plus ultra” des produits de la vigne, cinq siècles avant notre ère. Au IIIe siècle avant J.-C., la Sicile devint romaine, et l'empire permit aux vins d'arriver jusqu'en Gaule. On a d'ailleurs retrouvé à Pompéi, la ville ensevelie par l'éruption du Vésuve, des jarres de vin sicilien qui faisait concurrence aux vins locaux de Campanie. Pendant les siècles suivants, les premiers de la période chrétienne, la structure du latifondium permit une nouvelle expansion. Lorsqu'au IXe siècle les Arabes arrivèrent en Sicile, la vigne ne fut plus cultivée pour produire du vin, mais la viticulture fit cependant un nouveau pas en avant : en effet, les Arabes cultivèrent beaucoup de raisin de table, créant l'industrie des raisins secs et introduisant le cépage Zibibbo (dont l'origine vient de Zibib, nom d'un chef arabe). La viticulture et la production du vin revivent sous l'impulsion des Normands, puis des Souabes, s'accentuant encore sous les dominations aragonaise et espagnole, c'est-à-dire jusqu'au XVIIIe siècle. Sous les Bourbons, le vin sicilien franchit réellement les frontières de l'île. Ensuite, phylloxéra oblige, il faut attendre les années 1960 pour pouvoir parler d'une relance de la viticulture.

Oublié l'arbrisseau à régime sec, ce système mycénien remontant à plus de 30 siècles, et remplacé ipso facto par des systèmes de plus vaste extension comme les espaliers et les bâches pour diminuer la chaleur du terrain due au soleil et pour mieux conserver l'arôme du raisin que le climat ensoleillé a une fâcheuse tendance à dégrader. Bien sûr, l'irrigation des vignobles, qui supprime les aléas climatiques et la sécheresse, a enlevé à la viticulture de l'île ses angulosités, certains diront sa spécificité, et a ravi aux zones tempérées le secret de la maturation graduelle, subtile, permettant une production œnologique de qualité. C'est vrai que sous l'impulsion de son efficace Istituto Regionale della vigne e del vino (Institut Régional de la vigne et du vin), créé en 1950, la Sicile adapte depuis une dizaine d'années son patrimoine de raisins, choisissant attentivement les vignes, sélectionnant parmi les cépages ceux qui s'adapteront le mieux au soleil sicilien, comme les Inzolia, Catarratto, Malvasia de Lipar, Grappato de Vittoria ou Nera d'Avola, rejoints depuis peu par des cépages extérieurs. Toute la région se mobilise pour trouver de nouveaux débouchés et pour optimiser la distribution. Aujourd'hui, en dehors d'une production importante de vins de table, le pays produit 9 vins à appellation d'origine contrôlée et 11 bénéficiant d'une indication géographique. Les provinces vinicoles les plus importantes sont Trapani, Agrigente et Palerme, et deux marques sont relativement connues, Corvo et Regaleali.

- Les vins blancs
Parmi les vins blancs (11° à 11,5°), les appellations sont l'Etna Blanc (Carricante), produit aux pieds de l'Etna, et le Vin Blanc d'Alcamo, produit sur le territoire d'Alcamo et dans les communes situées entre les provinces de Palerme et de Trapani (prédominance du cépage Caratto Lucido).

- Les vins rouges
Trois appellations à découvrir : le Faro, produit dans le territoire de la commune de Messine, utilisant des raisins de Nerello Mascalese et de Nerello Mantellato, le Cerasuolo di Vittoria, produit surtout dans le territoire classique de Vittoria, Acate, Chiaramonte, Comiso et utilisant des mélanges de variétés composées de Frappato di Vittoria et de Calabrese, avec une tolérance allant jusqu'à 10% maximum de Nero Grosso et Nerello Mascalese. A noter, le bon Etna rosé, connu déjà au temps d'Ulysse.

- Les vins de dessert
L'île est surtout connue pour son Marsala qui mérite une place à part, produit en Sicile occidentale. Les autres DOC sont le Moscato di Noto, le Moscato di Siracusa, le Moscato di Pantelleria et la bonne Malvasia des îles Lipari. A part le Moscato di Pantelleria, obtenu avec le raisin Zibibbo, un vin exceptionnel en demi-doux ou doux, tous les autres vins sont obtenus avec leur raisin homonyme.

Le Marsala
Le Marsala est produit dans la province de Trapani avec des raisins de Catarratto, Grillo et Inzolia.

Historiquement, vers 1770, les commerçants anglais avaient des contacts très intenses avec la Sicile ; l'un d'eux, John Woodhouse, de Liverpool, avait probablement dans ses projets de trouver un vin capable de soutenir la comparaison avec les vins portugais et espagnols déjà assez connus en Angleterre. En 1773, son navire, l'“Elizabeth”, embarqua une cinquantaine de fûts (les pipes, de 412 litres chacune) destinés au marché anglais. Woodhouse, de peur que le produit ne s'altérât pendant le long voyage, ajouta de l'eau-de-vie de vin pour le fortifier, composant ainsi la formule définitive du Marsala, dont la fabrication requiert l'adjonction d'alcool de vin au moût en fermentation. L'amiral Nelson le qualifia de “vin digne de la table de tous les gentilshommes”, et au mois de mars 1800, il en commanda 500 pipes pour sa propre flotte méditerranéenne.

Pendant un demi-siècle, les producteurs furent donc anglais. Puis en 1831, de grands entrepreneurs, les Florio, bâtirent le premier établissement de production du Marsala et l'exportèrent dans le monde entier ; pour mémoire, c'est précisément dans l'établissement des Florio qu'en 1862 l'illustre général Garibaldi apprécia l'une de ses cuvées, qui porte son nom : Marsala G.D. (ou Garibaldi doux).

Dès 1931, le territoire de production du Marsala fut délimité, puis la réglementation renouvelée en 1984 et 1986. Son élaboration consiste à ajouter de l'alcool de vin au moût en fermentation. Selon ses caractéristiques de production, de degré d'alcool et de durée du vieillissement, la loi distingue les types suivants : le Marsala Fin, avec un élevage d'un an minimum; le Marsala Supérieur (minimum de deux ans); le Marsala Réserve Supérieure (minimum de quatre ans); et le Marsala vierge et/ou Solera, c'est-à-dire très vieux et/ou de Réserve, qui demande un élevage de dix ans minimum. Le vieillissement est toujours fait dans du bois de valeur, le rouvre, et sa couleur passe de l'ambre clair à l'or et au rouge rubis intense. Goûtez-le à l'apéritif comme sur les desserts, voire sur un fromage bleu.

 

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