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porto
Le Seigneur du Portugal. Il naßt dans la haute vallée du Douro, au nord du Portugal, et dans les vallées de ses affluents le Corgo et le Torto. Cette région du Douro peut se diviser en deux zones secondaires : la Cima Corgo (ou le haut Corgo) et le Baixo Corgo (le bas Corgo). Tout cépage étranger implanté dans cette région y donne du Porto. Il n'existe aucune explication scientifique de ce phénomÚne, dû à une véritable alchimie de la nature et lié sans doute à un équilibre particulier entre le climat et le terroir.
L'histoire du Porto
L'Angleterre de la fin du XVIIe et dĂ©but du XVIIIe connaĂźt une Ă©poque troublĂ©e par les influences contraires des Tories royalistes et des Parlementaires, rendue plus confuse encore par les Ă©ternelles querelles de religion. Guillaume III (dit Guillaume d'Orange), d'origine hollandaise, soutenu par les Parlementaires, dĂ©barque en Angleterre et fait fuir le roi en place Jacques II, qui se rĂ©fugie en France, auprĂšs de Louis XIV (en 1688). Antipapiste et antifrançais, Guillaume III dĂ©clare la guerre Ă la France en 1689 (c'est la guerre de la ligue d'Augsbourg) et Ă©tablit un blocus des marchandises françaises. Les Anglais se trouvent alors privĂ©s de leurs vins de Bordeaux dont ils sont friands. Pendant ce temps, le Portugal, sous le rĂšgne de Pierre II, reste incapable de produire des rĂ©coltes de cĂ©rĂ©ales suffisantes Ă ses besoins, et son commerce de produits coloniaux, Ă©pices et sucre du BrĂ©sil, dĂ©cline. Il se voit alors contraint Ă rĂ©duire ses achats extĂ©rieurs et Ă se rapprocher de l'Angleterre. En 1703 est signĂ© un traitĂ© de commerce (le traitĂ© de MĂ©thuen) qui favorise les Ă©changes entre l'Angleterre et le Portugal. Ce fameux traitĂ© marque le dĂ©but de la grande hĂ©gĂ©monie commerciale anglaise, la Banque d'Angleterre est créée en 1694 par 40 marchands, et le Bureau de Commerce en 1696. Le dĂ©but de l'industrialisation de l'Angleterre et son dynamisme commercial vont ĂȘtre la cause de la ruine de l'artisanat portugais et du sous-dĂ©veloppement des activitĂ©s de manufacture qui semble intĂ©resser l'Angleterre est le vin portugais. Un vin rude, fait, comme l'Ă©crivait un historien, pour satisfaire l'Anglais flegmatique et carnivore... Une boisson Ăąpre dont le seul mĂ©rite rĂ©sidait dans son pouvoir Ă provoquer la stupeur. De surcroĂźt, le vin portugais se voit dotĂ© d'un tarif prĂ©fĂ©rentiel de droits d'accise Ă l'entrĂ©e en Angleterre : 7ÂŁ par tonne contre 55ÂŁ par tonne pour le vin français. En Angleterre, les importateurs de vins, privĂ©s de vins français pendant quelques annĂ©es, s'accommodent tant bien que mal de ce vin du Portugal, de qualitĂ© bien infĂ©rieure aux vins de Bordeaux. Ils dĂ©cident alors de Âfortifier ce vin rude en ajoutant un peu d'eau-de-vie, selon un principe bien connu des navigateurs de cette Ă©poque, pour une meilleure conservation et pour Ă©viter que le vin ne tourne en vinaigre. Un vĂ©ritable centre de commerce de vins se dĂ©veloppe dans la banlieue de Porto, Ă Vila Nova de GaĂŻa, sur les rives du Douro, le fleuve oĂč sont acheminĂ©s dans les grandes barques Ă fond plat (barcos rabelos) les fĂ»ts (pipas) de vin en provenance des vignobles de l'intĂ©rieur du pays. De nombreux commerçants anglais, poussĂ©s par l'esprit d'aventure, attirĂ©s par le soleil brĂ»lant du Portugal, les paysages sauvages, le vin gĂ©nĂ©reux et les filles aux yeux noirs, abandonnent l'Angleterre pour s'installer Ă Porto. C'est une vĂ©ritable colonie britannique qui s'organise autour de Vila Nova de GaĂŻa afin de dominer ce nouveau marchĂ© de vins portugais. Un demi-siĂšcle plus tard, 75% des vins importĂ©s en Angleterre sont d'origine portugaise. Les Anglais, avec un goĂ»t prononcĂ© pour tout ce qui est sucrĂ©, prĂ©fĂšrent le Porto doux et veloutĂ© qu'ils consomment en vin de dessert, sur un fromage ou en digestif. J'avoue qu'il est toujours flagrant, parfois gĂȘnant, de constater sur place ce qui sĂ©pare toujours les Anglais et les Portugais, qui ne se cĂŽtoient que trĂšs rarement, les premiers pratiquant parfois un snobisme archaĂŻque.
Les raisins du Porto
Les principaux cépages donnant les raisins rouges sont dénommés : Alvarelhao, Bastardo, Casculho, Cornifesto, Donzelinho-do-Castelo, Malvasia, Mourisco, Tinto, Souzao, Tinta amarela, Tinta da barca, Tinta carvalha, Tinta francisca, Tinta cao, Tinta roriz et Touriga. Les raisins blancs sont fournis par les cépages Codega, Gouveio, Malvasia fina, Moscatel branco, Moscatel roxo et Rabigato.
L'élaboration du Porto
Le raisin est descendu du vignoble Ă la cave dans de grandes hottes portĂ©es par les Âbarracheiros (porteurs). RĂ©cemment encore le raisin Ă©tait foulĂ© par les pieds des vendangeurs; Ă prĂ©sent on emploie gĂ©nĂ©ralement des machines Ducellier qui Ă©grappent, foulent et pressent le raisin. Le moĂ»t ainsi obtenu est renforcĂ© par addition d'eau-de-vie pour 1/5° ou 1/6° de son volume total. L'alcool introduit tue les levains de la fermentation et interrompt ainsi la transformation du sucre en alcool. Selon le moment oĂč aura Ă©tĂ© appliquĂ©e cette addition, le vin sera sec, doux ou liquoreux. Les fĂ»ts employĂ©s dans les Âquintas des montagnes ont une capacitĂ© de 25 Ă 250 hectolitres. On transvase ensuite le vin dans des fĂ»ts de 550 litres que l'on descend vers le Douro et on l'embarque dans des bateaux Ă fond plat dĂ©nommĂ©s Âbarcos rabelosÂ. Ceux-ci descendent le fleuve jusqu'aux caves de Vila Nova de GaĂŻa, faubourg de Porto, oĂč le vin est mis Ă vieillir. Le Porto mĂ»rit lentement dans de petits tonnelets de bois spĂ©ciaux, dont la porositĂ© favorise les processus d'oxydorĂ©duction. Le taux annuel d'Ă©vaporation (environ 4 %) rend nĂ©cessaires de frĂ©quents remplissages avec des eaux de vie du mĂȘme Ăąge que le vin lui-mĂȘme. Le Porto peut ĂȘtre sec ou extra-sec (surtout le blanc), demi sec ou doux (pour le rouge).
La caractĂ©ristique commune Ă tous les vins de Porto est qu'ils sont produits dans une rĂ©gion dĂ©limitĂ©e par la loi portugaise depuis plus d'un siĂšcle : la vallĂ©e du Douro. Chaque parcelle est rĂ©pertoriĂ©e et classĂ©e dans les catĂ©gories A, B, C, D, un peu comme pour les crus de la rĂ©gion de Cognac. A la diffĂ©rence de Cognac oĂč les diffĂ©rentes qualitĂ©s sont disposĂ©es de façon concentrique avec la Fine Champagne au centre, le classement du Porto est plus complexe. Il faut en effet tenir compte de l'ensoleillement, de la proximitĂ© du fleuve, de la densitĂ© de la culture. Les meilleures parcelles sont proches du fleuve et que leurs terrasses ne comptent qu'une ou deux rangĂ©es de vigne.
Le Porto est donc composĂ© de vin qui est vinĂ©, c'est-Ă -dire additionnĂ© de 20% environ d'eau-de-vie tirĂ©e elle-mĂȘme de vin de la rĂ©gion. Bien entendu, il y a diffĂ©rentes sortes de vins de Porto.
En dehors du Porto blanc, moelleux et rond (Ă boire frais mais sans glace, svp), plus ou moins doux selon les marques, totalement mĂ©connu, appelĂ© aussi branco Dourado, Ă©laborĂ© Ă partir de raisins blancs, exclusivement, mais selon les mĂȘmes principes que les vins rouges, on peut dĂ©partager la production de Porto en diffĂ©rentes catĂ©gories :
Tawny
Le plus courant. Ce blend est un vin qui est fait Ă partir de coupes d'Ăąges et de productions diffĂ©rentes. Toute sa qualitĂ© dĂ©pend de l'art du maĂźtre de chais qui procĂšde Ă ces assemblages. Deux vins de Porto, tout en restant authentiques, peuvent ĂȘtre des produits trĂšs diffĂ©rents. En vieillissant, le vin change de couleur, passant du violet au rubis puis au roux dorĂ© (ÂTawny signifie d'ailleurs roux).
Le vin le plus jeune prend le nom de Porto Ruby ou Tinto Alourado, plus corsĂ©; il garde un goĂ»t trĂšs fruitĂ© mais n'a pas la classe et la puissance des vieux Tawnies. Le Tawny vieillit en fĂ»ts de chĂȘne, gĂ©nĂ©ralement du chĂȘne portugais qui donne moins le goĂ»t de tanin que le chĂȘne français, plus fort. Certains nĂ©gociants envisagent cependant de faire faire des fĂ»ts de chĂȘne français. Le vieux Tawny mĂ©rite son prix, d'une part en raison de ses conditions de production, et d'autre part parce qu'une partie du vin (environ 2%) s'Ă©vapore des fĂ»ts chaque annĂ©e. En France, on s'empresse gĂ©nĂ©ralement de boire un Tawny Ă l'apĂ©ritif. Une consommation qui me semble tout Ă fait adaptĂ©e Ă ce style de Porto. La bouteille doit ĂȘtre conservĂ©e Ă la chaleur ambiante. Il ne faut donc jamais le boire dans un verre opaque, ni mĂȘme dans un trop petit verre. Je vous conseille encore de ÂmĂącher votre Porto, c'est-Ă -dire de le conserver un moment en bouche pour lui permettre de dĂ©velopper tout son bouquet.
Porto millésimé
Attention : il y a plusieurs sortes de Porto qui portent une date. Un Vintage peut ĂȘtre aussi bien millĂ©simĂ© que le Tawny. Quand un Tawny est millĂ©simĂ©, cela signifie que toute la rĂ©colte vient de cette annĂ©e et qu'il s'agit d'une bonne annĂ©e. Certains vieux Tawnies peuvent ĂȘtre aussi bons que des millĂ©simĂ©s. Il y a des amateurs qui prĂ©fĂšrent des vins coupĂ©s rafraĂźchis par l'apport de vins plus jeunes. C'est souvent une affaire de goĂ»t. Avec l'Ăąge, le Tawny devient plus doux et perd un peu de sa teneur alcoolique, sa couleur devenant plus pĂąle. Certains vins de Porto provenant d'un seul domaine et d'une seule annĂ©e sont aussi commercialisĂ©s, sans faire l'objet d'assemblage : ce sont les Quintas, souvent d'excellente qualitĂ©, vieillies en fĂ»ts pendant une pĂ©riode de huit ans au moins avant d'ĂȘtre mises en bouteilles. Rares et peu connus, les vins de Porto de 10, 20, 30 ou 40 ans d'Ăąge proviennent d'assemblage de vins vieillis en fĂ»ts pendant une pĂ©riode minimale de 10, 20, 30 ou 40 ans. Ce sont le plus souvent des coupages de grandes annĂ©es.
Les Late bottled vintages (ou LBV) sont des vins de Porto récoltés dans de bonnes années et laissés en fûts pendant une période plus longue que pour les Vintages, variant de quatre à six ans. Ils sont ensuite mis en bouteilles mais ne font généralement pas de dépÎt comme les Vintages, plus abordables et plus faciles à consommer.
Vintage
Un Vintage est donc issu d'une rĂ©colte exceptionnelle (tous les trois Ă quatre ans, si le temps est propice), et est Ă©laborĂ© avec des vins d'une mĂȘme annĂ©e mais de diffĂ©rents cĂ©pages. Chaque maison a sa propre recette pour le rĂ©aliser, sĂ©lectionner les meilleurs crus, les assembler et les laisser vieillir en fĂ»ts. A la diffĂ©rence du Tawny encore, le Vintage vieillit en bouteilles. Il y est mis seulement aprĂšs deux ans en fĂ»ts, poursuivant et achevant son vieillissement en bouteilles, pendant une pĂ©riode variant de 15 Ă 20 ans (et plus) selon la qualitĂ© du millĂ©sime. Ne soyez pas Ă©tonnĂ© quand vous en dĂ©boucherez un : on constate souvent un dĂ©pĂŽt assez important qu'il faut sĂ©parer du liquide en dĂ©cantant chaque bouteille. Une bouteille de Porto Vintage digne de ce nom se doit d'ĂȘtre ouverte une bonne heure avant d'ĂȘtre servie, afin de laisser le breuvage respirer. A noter qu'au-delĂ d'une journĂ©e, le Vintage ouvert et dĂ©cantĂ© perd son corps et son bouquet.
Ce sont seulement certaines annĂ©es qui mĂ©ritent d'ĂȘtre classĂ©es Vintage et le sont par dĂ©cision de l'ensemble des producteurs et non par un seul unilatĂ©ralement (un bel exemple de conscience professionnelle). Le premier Porto Vintage daterait de 1775, et la meilleure cuvĂ©e de toute l'histoire du Porto date de 1896, suivie par le fameux 1931, le Vintage du siĂšcle.
En Angleterre, le Vintage Port se boit de façon traditionnelle en fin de repas, aprĂšs le dessert et avec un fromage bleu (stilton) accompagnĂ© de biscuits. A la diffĂ©rence Ă©galement du Tawny, un Porto Vintage ne doit pas ĂȘtre bu avant dix ou quinze ans pour ĂȘtre vĂ©ritablement un Vintage digne de ce nom. Si vous l'achetez relativement jeune, vous devez donc prĂ©voir de le conserver en caves dans des conditions semblables Ă celles des vins de garde traditionnels. Cela, on s'en doute, en augmente le prix, mais de façon non exagĂ©rĂ©e, puisque je considĂšre que les trĂšs grands vins de Porto bĂ©nĂ©ficient d'un rapport qualitĂ©-prix exceptionnel, certainement beaucoup plus mĂ©ritĂ© que quelques bouteilles extravagantes de Cognac. Il faut le boire Ă une tempĂ©rature correcte, pas trop chaud en tout cas (de 16 Ă 18°). En principe, le Vintage est au sommet de sa forme aprĂšs trente ans. L'exception confirmant la rĂšgle, j'ai bu Ă GaĂŻa un 1863 absolument Ă©tonnant.
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